Une nouvelle approche des relations humaines

Il y a quelques points que je développe dans le livre qui, considérés ensembles, font que l’on ose dire qu’il s’agit d’une nouvelle approche des relations humaines — ou du moins d’une approche innovante.

Les relations décrites de l’intérieur

Beaucoup d’ouvrages décrivent les relations vues de l’extérieur: comment il faut se comporter; qu’est-ce qu’il faut dire ou ne pas dire; comment faire pour avoir des amis, etc.

Pour ma part, je décris les choses vécues de l’intérieur. La psychologie, c’est avant tout la science de l’intériorité. C’est chacun de nous qui est le mieux placé pour savoir ce qu’il ressent et ce qu’il pense. Ce qui nous amène à nous construire une attitude intérieure: un ensemble de valeurs, une façon de ressentir et de concevoir le monde à partir de laquelle nous agissons et fonctionnons, en relation avec notre entourage, avec les autres êtres humains en particulier.

Être adulte, psychologiquement parlant, c’est en particulier être autonome. C’est sortir du besoin d’appartenance à un clan. C’est être un individu capable de «tenir debout tout seul». Ce qui ne signifie pas être autosuffisant. Les besoins relationnels demeurent, mais la nature des liens change. C’est tout cela que je décris dans mon livre.

Le modèle lui-même

C’est en cherchant à décrire le plus justement possible la nature des relations que nous pouvons avoir avec chacune des personnes que nous connaissons que j’en suis arrivé à réaliser que le critère le plus élémentaire était celui de la distance affective: nous sentons bien que certaines personnes sont proches de nous, affectivement, tandis que d’autres sont plus éloignées, voire très éloignées. Et cela se passe en un continuum. J’ai systématisé ce continuum en reprenant des mots du langage courant, ce qui m’amène à décrire les niveaux suivants:

  • les connaissances;
  • les copains;
  • les amis — avec un petit a;
  • les Amis — avec un grand A;
  • le Superproche.

Les relations adultes

Tout au long de sa vie, un être humain peut évoluer, sur le plan psychologique. À toute fin utile, il est important de reconnaître qu’en particulier sur le plan psycho-affectif, il y a des personnes qui sont adultes et d’autres qui ne le sont pas — on dit qu’elles sont immatures. C’est un point fondamental: les relations entre personnes psychologiquement adultes sont assez différentes des relations entre personnes immatures. Le modèle que je propose s’applique explicitement aux relations entre personnes adultes. D’autre part, je donne des pistes pour que les personnes psychologiquement adultes puissent avoir des relations aussi agréables et aussi fructueuses que possible avec les personnes immatures.

La relation Superproche

Je suis convaincu qu’au niveau humain adulte, le fin du fin relationnel, c’est la relation que l’on appelle généralement la relation de couple. C’est une relation privilégiée avec une seule personne. Pourquoi ne me suis-je pas contenté du vocabulaire commun — partenaire, couple, conjoint? Pour plusieurs raisons:

  1. Ces termes ont des significations différentes pour des personnes différentes. Ou bien ont déjà, de toute manière, des sens différents. On peut être partenaires en affaire, par exemple.
  2. Ces termes décrivent les choses de l’extérieur, alors que je tiens à les décrire de l’intérieur. «Conjoints», par exemple, est un terme administratif, pas un terme qui décrit l’affectif. Autre exemple: le mot ami; on se rend bien compte que l’on ne peut pas dire «ceci est un ami», comme on dit «ceci est un arbre». C’est une personne en particulier qui considère, en elle-même, si untel ou unetelle est pour elle un ami ou une amie. Je tenais à arriver au même point en ce qui concerne la relation la plus proche.
  3. Il me paraissait important d’amener quelque chose de neuf justement: cette relation «la plus proche qu’on puisse vivre en tant qu’adulte» n’a jamais vraiment été bien décrite en tant que telle et avec précision. C’est, modestement, ce que j’espère apporter.
  4. Dans la vie courante, en tout cas en français, on est bien emprunté pour désigner dans la conversation la personne qui est notre «partenaire de vie». On peut dire «mon mari». Mais cela implique d’être marié et cela ne dit rien sur l’intériorité de la relation. «Ma femme»? On sent trop le côté possessif, comme on dit «ma voiture». «Mon partenaire»? Comme je le disais, on peut être partenaire en affaires et partenaire de vie, c’est tout à fait autre chose. «Mon Ami» ou «mon Amie»? Tout d’abord, oralement, on n’entend pas la majuscule. Ensuite, cela ne va pas avec l’idée fondamentale que je défend, qui est que le «partenaire de vie», c’est beaucoup plus qu’un Ami, même avec une majuscule. Au bout du compte, je trouve que dire «mon Superproche», cela ne sonne pas si mal et cela donne exactement l’idée que je défend: le Superproche, c’est plus qu’un Ami avec un A majuscule; c’est la personne avec laquelle, au plus profond de mon être, je me suis engagé affectivement.

Être un célibataire heureux

Le contraire de «être en couple», ce n’est pas «être seul», c’est «être célibataire». Ce n’est pas parce que l’on n’a pas de Superproche dans sa vie que l’on doit se sentir seul ou condamné à la solitude. Bien au contraire: il ne tient qu’à nous de tisser des liens relationnels et affectifs avec les gens que nous croisons, que nous rencontrons, que nous fréquentons. À partir du moment où nous avons créé — ceci dépend complètement de nous — un tissu relationnel riche, avec des copains, des amis avec un petit a et des Amis avec un grand A, nous ne sommes pas seuls, nous sommes en relations, tout en restant psychologiquement autonomes et nous pouvons être pleinement heureux. C’est ce concept que j’appelle l’objectif célibataire heureux.

Je pense qu’il vaut mieux considérer que l’objectif à poursuivre, dans la vie d’adulte, c’est être un célibataire heureux. Cela ne doit pas nous empêcher d’aspirer à vivre une relation Superproche. Si l’on a l’insigne chance de vivre une relation Superproche, je pense qu’il faut considérer que c’est un cadeau de la Vie ou un don du ciel et être dans un grand sentiment de gratitude. Je propose de considérer que le Superproche c’est optionnel, tellement c’est rare.

Il découle de cela un autre point que je défends: avoir une relation Amicale — avec un A majuscule — avec une personne, c’est déjà beaucoup et c’est très beau. Comme on ne peut pas exiger de cette personne qu’elle s’engage affectivement vis-à-vis de nous-même, mieux vaut conserver et valoriser cette relation Amicale plutôt que de la disqualifier et la laisser tomber parce qu’elle n’est pas Superproche, quand bien même ce serait notre plus grand souhait.

Lausanne, avril 2013

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